Strictement européen.

Vous êtes…

Le cadre juridique

  1. 2018Le CLOUD Act

    Un fournisseur américain doit remettre les données qu’il contrôle, où qu’elles soient stockées.

  2. 2020L’arrêt Schrems II

    La Cour de justice invalide le Privacy Shield : la surveillance américaine n’offre pas de recours aux Européens.

  3. 2023Le Data Privacy Framework

    Une nouvelle décision d’adéquation, validée en 2025 par le Tribunal, aujourd’hui contestée devant la Cour.

  4. 2025Microsoft France au Sénat

    Sous serment, elle ne peut garantir que des données de Français ne seront jamais transmises sur injonction américaine.

  5. 2026FISA 702 et E-Evidence

    La section 702 s’éteint en juin, ses autorisations courent jusqu’en 2027 ; l’Europe applique son propre E-Evidence.

Et le chiffrement n’y change rien : pour lire, résumer ou traduire un document, un modèle d’IA doit le lire en clair.

Lire le cadre juridique complet, avec ses sources

Ce qui protège des données, c’est le droit auquel est soumise la société qui les détient, bien plus que le pays du datacenter. Deux textes américains s’appliquent hors des États-Unis, et le droit européen n’y répond qu’en partie.

Le CLOUD Act (2018)

Adopté le 23 mars 2018, le CLOUD Act a modifié le Stored Communications Act : les obligations de conservation et de communication de ce régime s’appliquent aux données en la possession, sous la garde ou sous le contrôle du fournisseur concerné, quel que soit le lieu où elles sont stockées (18 U.S.C. § 2713). Il répondait à l’affaire United States v. Microsoft, où Microsoft refusait de remettre des e-mails stockés dans son datacenter de Dublin : après l’adoption du texte et la délivrance d’un nouveau mandat, la Cour suprême a déclaré l’affaire sans objet le 17 avril 2018, sans trancher le fond (décision).

  • Qui est visé : les fournisseurs couverts par le Stored Communications Act (communications électroniques et « remote computing services », une notion large) et soumis à la compétence des tribunaux américains. Appartenir à un groupe américain est un facteur d’exposition à examiner : une demande s’applique selon l’entité visée, la compétence du juge, le régime utilisé et le contrôle de cette entité sur les données. Une implantation européenne n’écarte pas ce risque ; une participation américaine ne prouve pas, à elle seule, un accès effectif aux données. Une société européenne peut aussi être concernée si elle a des « contacts suffisants » avec les États-Unis, ce que les juges américains apprécient au cas par cas (position du ministère de la Justice américain, livre blanc d’avril 2019).
  • Dans quel cadre : des enquêtes pénales, selon les procédures du Stored Communications Act (mandat, ordonnance judiciaire ou réquisition selon les données). L’information du client varie, et elle peut être différée ou interdite.
  • Les recours : le § 2703(h) prévoit, sous conditions, une contestation de certaines demandes de contenu quand le client n’est pas une personne américaine, ne réside pas aux États-Unis, et que la remise risque de violer le droit d’un pays lié aux États-Unis par un accord en vigueur. Le fournisseur doit en principe agir dans les quatorze jours, et le juge met les intérêts en balance : la demande n’est pas annulée d’office (18 U.S.C. § 2703(h)). Les accords en vigueur identifiés dans nos sources sont ceux du Royaume-Uni (depuis le 3 octobre 2022) et de l’Australie (depuis le 31 janvier 2024) (ministère de la Justice américain) ; l’Union européenne en négocie un (Commission européenne). Sans accord, le fournisseur garde les autres moyens de défense, dont l’argument de courtoisie internationale (comity) de common law, que le juge américain apprécie dans le cadre des règles applicables.

La section 702 du FISA

Le CLOUD Act sert la justice pénale ; la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act relève du renseignement. Elle permet de cibler des personnes non américaines situées hors des États-Unis, sans ordonnance individuelle par cible, sous le contrôle de la cour FISA, en exigeant leurs communications des fournisseurs américains. En 2020, la Cour de justice de l’Union a invalidé le Privacy Shield en raison de garanties insuffisantes face à la surveillance américaine, dont la section 702 fait partie, et de l’absence de recours effectif pour les Européens (arrêt Schrems II, communiqué de la Cour du 16/07/2020). L’arrêt n’interdit pas tout transfert vers les États-Unis : il maintient les clauses contractuelles types, sous réserve de garanties effectives.

La date d’extinction de la section 702, prévue par le FISA Amendments Act de 2008, a été repoussée en dernier lieu au 12 juin 2026 par la loi 119-87 du 30 avril 2026 (texte de la loi). Cette échéance n’a pas mis fin d’un coup aux activités autorisées : le régime transitoire maintient les autorisations délivrées avant cette date jusqu’à leur expiration, au plus un an après leur délivrance. selon des parlementaires et des collaborateurs du Congrès cités par le Congressional Research Service, la cour FISA a délivré la dernière en mars 2026, pour un an, ce qui mène à mars 2027 (note du CRS, 22/06/2026). Au 16/10/2026, nous n’avons identifié aucune loi postérieure ; l’état des textes est revérifié à chaque version du guide.

Ce que répond le droit européen

  • RGPD, article 48 : une décision d’une juridiction ou d’une autorité d’un pays tiers exigeant la communication de données personnelles n’est reconnue ou exécutoire que si elle repose sur un accord international, comme un traité d’entraide judiciaire, sans préjudice des autres motifs de transfert du chapitre V. Une injonction étrangère ne suffit donc pas, à elle seule, à fonder la communication : il faut une base de traitement et un fondement de transfert. Un fournisseur soumis aux deux droits peut se retrouver face à des obligations contradictoires (texte de l’article 48, CNIL ; lignes directrices 02/2024 du CEPD, version 2.1 du 4 juin 2025).
  • Data Privacy Framework : la décision d’adéquation du 10 juillet 2023 encadre les transferts commerciaux vers les sociétés américaines certifiées, en s’appuyant sur des garanties ajoutées au renseignement américain en 2022. Le Tribunal de l’Union a rejeté le 3 septembre 2025 le recours en annulation dirigé contre cette décision (T-553/23) ; un pourvoi a été formé le 31 octobre 2025 (C-703/25 P), sans décision connue au 16/10/2026. L’adéquation reste suivie : le 31 juillet 2026, le CEPD a demandé à la Commission d’évaluer l’effet sur le cadre de l’arrêt Trump v. Slaughter de la Cour suprême américaine (29 juin 2026), qui touche l’indépendance de la FTC ; cette lettre ne suspend pas la décision (lettre du CEPD).
  • Règlement E-Evidence : applicable depuis le 18 août 2026, il organise la production et la conservation transfrontières de preuves électroniques auprès des fournisseurs qui offrent leurs services dans l’Union, où qu’elles soient stockées, par des injonctions des autorités d’un État membre. Les autorités compétentes et les conditions varient selon la catégorie de données : la production de données de trafic et de contenu vise notamment les infractions punies d’une peine maximale d’au moins trois ans et certaines infractions énumérées. Un fournisseur européen n’est donc pas à l’abri des demandes des autorités européennes (règlement (UE) 2023/1543 ; Commission européenne).

SecNumCloud, la réponse française

Le référentiel SecNumCloud 3.2 de l’ANSSI (8 mars 2022, en vigueur au 16/10/2026) combine des exigences techniques, organisationnelles et juridiques, à apprécier ensemble. Parmi elles, l’exigence 19.6 demande au prestataire qualifié un siège statutaire, une administration centrale et un principal établissement dans l’Union. Le capital et les droits de vote détenus, directement ou indirectement, par des entités hors Union sont plafonnés à 24 % individuellement et 39 % collectivement, sans droit de veto ni de nomination de la majorité des dirigeants. Un sous-traitant hors Union ne doit pas avoir la possibilité technique d’accéder aux données, et le prestataire doit garder une autonomie d’exploitation (exigence 19.6, p. 50-51). La qualification porte sur une offre précise, ses versions et le périmètre de la décision, qu’elle soit IaaS, PaaS, CaaS ou SaaS (FAQ de l’ANSSI) : un SaaS hébergé sur une infrastructure qualifiée n’est pas qualifié pour autant, et s’il envoie ses documents à une API américaine, il reste exposé.

Ce qu’il faut en retenir

Le chiffrement se juge à la maîtrise des clés et à l’accès au texte en clair. Le chiffrement au repos ne suffit pas quand le fournisseur peut déchiffrer, et un modèle d’IA doit lire le texte pour le traiter. Le chiffrement de bout en bout ou certaines architectures de calcul confidentiel réduisent l’exposition, sans supprimer toutes les dépendances (position de l’ANSSI sur le confidential computing, 17/10/2025). Le contrat ne règle pas tout non plus : interrogé sous serment par une commission d’enquête du Sénat le 10 juin 2025, au sujet des prestations Microsoft proposées via l’UGAP, le directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France a déclaré ne pas pouvoir garantir que ces données ne seraient jamais transmises sur injonction américaine sans l’accord des autorités françaises, tout en affirmant que cela ne s’était jamais produit (compte rendu du Sénat). D’où le critère de ce guide : on regarde qui détient et qui opère chaque brique, pas où se trouve le disque.

Le critère

On ne regarde pas où est le disque, mais qui détient, qui opère et qui lit. Dans le doute, c’est orange ; le vert se prouve.

  • Vert Européen et prouvé
  • Orange À justifier ou à remplacer
  • Rouge Exclu

On classe une offre précise, à une date donnée, pas une marque. Le critère est une politique de choix des fournisseurs : une couleur ne dit pas si un service est conforme au RGPD ou au secret professionnel, ni s’il est sûr.

  1. L’entité qui fournit l’offre est-elle établie dans l’Union, l’EEE ou en Suisse, sous contrôle européen ?

  2. Une société de droit américain, ou sa filiale, détient-elle l’offre ?

  3. Une société américaine l’opère-t-elle, ou peut-elle accéder aux données ?

  4. Un sous-traitant américain voit-il passer les données en clair ?

  5. Chaque point est-il prouvé par un écrit daté, pour cette offre ?

Répondez pour classer le fournisseur.

Le chemin d’un document

Le modèle d’IA

Rouge
  • ChatGPT, Copilot, Gemini, Claude
  • API OpenAI, Anthropic, Gemini
  • Mistral, Le Chat et API dans une configuration qui fait intervenir Microsoft, Google ou CoreWeave, relevés parmi ses sous-traitants
  • Nebius Token FactoryNebius Inc., RunPod, BoostRun et Shadeform, américains, déclarés pour l’infrastructure d’inférence
Vert
  • IONOS AI Model HubAllemagne, inférence en Allemagne ; IONOS écrit n’engager aucun sous-traitant tiers pour ce service
  • Scaleway Generative APIsFrance, groupe iliad, région Paris uniquement, modèles hébergés sans service tiers selon la politique du service, datacenter parisien chez Op Core, européen, selon sa liste de sous-traitants ; les requêtes en erreur ou suspectes peuvent être conservées jusqu’à deux semaines
  • modèles aux poids ouverts sur GPU propres chez un hébergeur vert

Les offres à examiner de près

  • Mis en avant Une société française, avec sa propre infrastructure en France

    Mistral : Le Chat et API (La Plateforme)

    Orange

    À côté de sa propre infrastructure (Mistral Compute, en France), Mistral déclare comme sous-traitants Microsoft (cloud, Suède et Norvège), Google (cloud, Pays-Bas, Belgique et États-Unis), CoreWeave (inférence, EEE) et Cloudflare (CDN), quatre sociétés américaines, ainsi que Brave pour la recherche web et Black Forest Labs pour la génération d’images. Cette liste couvre plusieurs produits et fonctions : nous n’avons pas pu établir lesquels interviennent pour Le Chat et l’API. Tant que l’offre retenue ne les exclut pas par écrit sur tout le parcours, identité et facturation comprises, elle ne peut pas être verte ; une configuration qui les fait intervenir est rouge.

    Trust Center Mistral

  • Mis en avant Une société allemande

    DeepL

    Rouge

    DeepL a annoncé le 23 avril 2026 une évolution de son infrastructure incluant AWS et la fin d’un traitement exclusivement européen par défaut, sauf modalités convenues avec le client. Les engagements applicables se vérifient pour l’offre souscrite ; quand AWS intervient dans le périmètre, l’offre est rouge selon notre critère.

    Blog DeepL, 23/04/2026

  • Mis en avant Mails, fichiers et serveurs hébergés en France

    Microsoft 365 et Azure « avec données en France »

    Rouge

    Le stockage est en Europe, mais Microsoft opère le service et reste soumis au CLOUD Act. Microsoft France a déclaré au Sénat, au sujet des prestations proposées via l’UGAP, ne pas pouvoir garantir que les données ne seraient jamais transmises sur injonction américaine sans l’accord explicite des autorités françaises, tout en précisant que cela ne s’était jamais produit.

    Sénat, 10/06/2025

  • Mis en avant Résidence des données en Europe

    OpenAI avec « résidence des données en Europe »

    Rouge

    Le stockage et, pour certains clients éligibles, le traitement en Europe sont disponibles selon l’offre, mais l’opérateur reste OpenAI, société américaine.

    Annonce OpenAI

  • Mis en avant Une messagerie française certifiée par l’ANSSI

    Olvid, service standard

    Rouge

    Les messages sont chiffrés de bout en bout, mais Olvid indique que ses serveurs sont hébergés chez AWS. Depuis avril 2026, les pièces jointes passent par Clever Cloud (France) ; la FAQ désigne toujours AWS comme sous-traitant. Le chiffrement de bout en bout protège le contenu des messages ; l’exclusion tient à l’hébergement du service. L’offre sur site annoncée en 2026 s’évalue à part.

    FAQ Olvid, actualités Olvid

Une exclusion ne signifie ni que l’offre est illégale, ni qu’elle est mal sécurisée, ni que des données ont été transmises à une autorité.

Par où commencer

Aucune protection n’est retirée avant que son remplaçant soit en place : sauvegardes, anti-hameçonnage, double authentification, EDR.

Le plan

  1. l’inventaire (quelques jours)

    Lister les outils avec la checklist, et pour chacun ce qu’il faudra prouver. Vérification : chaque question de la checklist a une réponse, même provisoire.

  2. D’abord l’IA, la traduction et la dictée

    C’est là que partent le plus de documents, souvent sans contrat. Choisir un outil de la base, l’écrire dans une règle d’usage et bloquer les autres. Vérification : la question 7 de la checklist a une réponse écrite.

  3. Puis la messagerie, l’agenda et la visio

    Migrer les boîtes et garder l’ancien service en lecture le temps de la transition. Vérification : les enregistrements MX désignent le nouveau fournisseur, les anciens mails, agendas, délégations et partages sont migrés et contrôlés, et l’ancien compte n’est fermé, sauvegardes comprises, qu’après la période de transition.

  4. Puis le stockage, l’identité et la signature

    Fichiers et partage, annuaire et connexion des collaborateurs, mots de passe, signature électronique. Vérification : plus aucune connexion par un compte Microsoft ou Google.

  5. Enfin les postes, les téléphones, les sauvegardes et la sécurité

    Comptes locaux avec double authentification, synchronisation coupée, sauvegardes chiffrées avant de partir, protection des postes (antivirus, EDR) dont les flux, l’opérateur et l’analyse dans le cloud sont documentés. L’ancienne protection reste active tant que la nouvelle n’est pas en place. Vérification : l’inventaire des outils est complet, chaque ligne appuyée par un contrat et datée.

Pour chiffrer le chantier
  • Pour chaque étape : qui intervient (associé référent, prestataire informatique, éditeur du logiciel) et combien de jours chacun.
  • Les prérequis : contrats en cours et leurs préavis, comptes administrateurs, possibilités d’export des données.
  • Ce qu’il faut revalider après la bascule : modèles de documents, signatures, délégations de boîtes, accès mobiles, scanners et imprimantes.
  • La période de double fonctionnement, et le retour arrière prévu si la bascule échoue.
  • Les questions à poser par écrit au prestataire : quelle société opère le service, quels sont ses sous-traitants et leurs pays, où partent les sauvegardes, qui a un accès administrateur, comment exporter les données, quel préavis pour résilier.

Points documentés

0/10

Cochez une question quand sa réponse et sa preuve sont consignées. Vos réponses restent dans ce navigateur ; rien n’est envoyé.

Les briques

Questions fréquentes

Tutoriels et skills IA

  • IA

    Trois skills pour qu’une IA audite un service, le mette en conformité ou audite une organisation. À paraître.

Brouillon. Version du 16/10/2026. Les faits du cadre juridique ont été vérifiés sur leurs sources primaires le 16/10/2026. Chaque ligne de la base classe une offre précise à la date qu’elle indique ; une source publique peut être incomplète ou dépassée, et ce qui n’a pas pu être établi reste orange.